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a144e7f99ea4e6756fd89e50cd6f0beeadb7abda_240x180Elizabeth Gilbert – Au lieu de la personne rare “qui est” un génie, nous tous “avons” un génie. C’est un discours drôle, personnel et étonnamment émouvant.

« Dans l’Antiquité grecque et romaine, les gens ne croyaient pas que la créativité venait des êtres humains. Ils croyaient que la créativité était un esprit divin bienveillant qui venait vers les gens à partir d’une source distante et impénétrable, pour des raisons distantes et impénétrables. Les Grecs appelaient ces esprits créatifs divins et bienveillants les « démons ».

Socrate, notamment, croyait qu’il avait un démon qui lui inspirait la sagesse de très loin. Les Romains pensaient de même, mais ils appelaient cet esprit créatif désincarné un génie. Ils ne pensaient pas qu’un génie était une personne particulièrement douée. Ils croyaient qu’un génie était une sorte d’entité divine et magique censée vivre littéralement dans les murs d’un atelier d’artiste, comme Dobby l’elfe de maison, et qui se manifestait pour aider l’artiste dans son œuvre sans être vu et influencer cette œuvre.

C’est une idée brillante : la voilà, la distance dont je parle, cette construction mentale pour se protéger des résultats de son travail. Tout le monde savait que ça se passait comme ça, donc l’artiste dans l’Antiquité était protégé de certaines choses, comme d’un narcissisme excessif, par exemple. Si l’œuvre était superbe, on n’en était pas entièrement responsable, tout le monde savait qu’un génie désincarné était venu apporter son aide. Si l’œuvre faisait un flop, on n’était pas le seul coupable. Tout le monde savait qu’on avait un génie minable. Longtemps, c’est ainsi qu’on a envisagé la créativité en Occident.

Puis la Renaissance est arrivée et tout a changé, nous avons eu une grande idée : mettons l’être humain au centre de l’univers au-dessus des dieux et des mystères. Plus de place pour les créatures mystérieuses inspirées par le divin. C’est le début de l’humanisme rationnel et les gens se sont mis à croire que la créativité venait entièrement de l’individu. Pour la première fois dans l’histoire, on a commencé à qualifier tel ou tel artiste de génie au lieu de dire qu’il avait un génie.

Selon moi, ce fut une grosse erreur. Je pense qu’autoriser un simple individu à croire qu’il ou elle est le contenant, la fontaine, l’essence et la source de tous les mystères divins, créateurs, impénétrables et éternels revient à imposer un brin trop de responsabilité à un fragile esprit humain. C’est comme demander à quelqu’un d’avaler le soleil. Cela déforme et pervertit l’ego et crée des attentes ingérables sur la performance. Et je pense que c’est cette pression qui tue nos artistes depuis 500 ans.

Et si cela est vrai, et je crois que c’est vrai, la question devient : et maintenant ? Peut-on procéder autrement ? Peut-être pourrions-nous revenir à une compréhension plus ancienne de la relation entre les êtres humains et le mystère de la création. Peut-être pas. Il y a probablement des gens ici qui soulèveraient des doutes scientifiques légitimes sur, finalement, le concept de fées qui suivent les gens et jettent de la poudre de perlimpinpin sur leurs travaux. Je ne vais probablement pas vous convaincre tous.

Mais la question que je voudrais poser est : pourquoi pas ? Pourquoi ne pas voir les choses ainsi ? Ce n’est pas moins raisonnable que tout ce que j’ai entendu pour expliquer les caprices exaspérants du processus de création. Ce processus, tous ceux qui ont essayé de faire quelque chose — c’est-à-dire tout le monde ici — savent qu’il n’est pas toujours logique. Parfois il peut même sembler complètement paranormal.

Extrait du TED : https://www.ted.com/speakers/elizabeth_gilbert , le sous-titrage en Français y est disponible.

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